Hier et aujourd’hui : une histoire personnelle qui montre le durcissement de la loi envers les couples mixtes.

Merci à Virginie qui a partagé sa témoignage !

Je me suis mariée il y a 20 ans avec un Argentin. À l’époque, c’était somme toute facile : 3 documents pour moi, 4 pour lui à légaliser, traduire et apostiller. En 6 mois tout était fait et dès notre mariage, mon mari a pu travailler, avoir sa carte d’identité d’étranger résident permanent.  Nous n’avons jamais ressenti un climat suspicieux à son égard. 

À l’époque, je suivais des études d’infirmière en cours de promotion sociale et j’étais au chômage. J’avais la perspective de ne jamais manquer de travail, mais nous n’avons eu aucun empêchement par rapport à mes revenus. 

Nous avons vécu un an en Belgique puis nous sommes partis nous installer en Argentine. Là aussi, j’ai eu tous les droits, sauf celui de voter… Et encore. 

Nous avons eu 2 enfants, nés en Argentine. 

Mon mari est mort il y a 7 ans. (2014) 

Un an plus tard, je suis revenue m’installer en Belgique avec nos enfants. (2015). La Belgique n’ayant pas d’accords bilatéraux avec l’Argentine, j’ai galéré pour retrouver mes droits sociaux, j’ai donc pris le premier travail plausible après avoir essuyé des refus pendant 6 mois : aide ménagère. 

En 2017, lors d’un séjour en Argentine, j’ai retrouvé un ami et nous avons commencé à nous voir sous un autre jour : nous sommes en couple depuis lors, chacun vivant dans son pays avec des responsabilités professionnelles et familiales. Nous vivons notre relation à la distance, nous retrouvant (avant le Covid) tous les 3 mois pour 2 ou 3 semaines. 

En 2019, nous avons pris nos renseignements pour pouvoir nous marier (même si nous ne pouvons pas l’envisager dans l’immédiat, c’est notre souhait). On nous a conseillé de le faire en Belgique plutôt qu’en Argentine car sinon « les autorités se sentent comme si nous voulions leur forcer la main » et cela complique les choses. 

Par rapport à mon premier mariage, on exige maintenant 8 documents à mon compagnon et, si le droit au mariage est un droit humain qui ne peut être refusé, cela ne garantit en rien que mon futur mari pourra rester sur le territoire. 

Plus l’enquête de l’office des étrangers, plus les fameux revenus stables, réguliers et suffisants (en tant que veuve avec une pension dérisoire d’Argentine, un mi-temps en tant qu’aide ménagère et mon activité indépendante complémentaire SANS compter les allocations familiales qui constituent pourtant une part significative de mon budget, nous n’avons aucune chance). 

Je lis en plus dans d’autres témoignages que s’il y a plus de 10 ans de différence d’âge, les autorités sont encore plus méfiantes… Or il y a 15 ans entre nous. 

Nous en venons à nous décourager… puisque de toutes façons nous ne pouvons pas vivre ensemble tout de suite, autant continuer comme ça : nous retrouver pour quelques semaines plusieurs fois par an… 

Avec l’arrivée du Covid, nous avons été séparés pendant 9 mois, puis grâce au groupe Love is not Tourism, nous avons eu les infos nécessaires et nous avons constitué notre dossier pour accréditer notre relation durable auprès de l’Ambassade Belge à Buenos Aires et obtenir l’autorisation pour un voyage essentiel. 

Mon compagnon a voyagé sans encombres en octobre 2020 et est resté 5 semaines en Belgique.

En avril-mai 2021, lorsqu’il a voulu renouveler cette autorisation de voyage, les autorités belges exigeaient des preuves de notre état civil. Célibataires, veufs ou divorcés. Dégoûtés car enfin, quel est le rapport avec le Covid, nous nous sommes pliés à leurs exigences car sinon, nous n’allions pas pouvoir nous voir. 

Nous avons passé de nouveau 5 semaines ensemble en juin. 

Nous avons un sentiment d’ingérence dans notre vie privée, d’être présumés coupables (de quoi, je vous le demande), mais nous nous disons que toutes ces preuves que nous avons réunies pourront nous servir si un jour, nous avons le courage d’entreprendre ce chemin ardu pour nous marier. Mais nous pensons aussi : autant continuer comme ça et qu’on nous laisse tranquilles ! Notre amour ne les regarde pas! 

J’ai entendu des gens vivre en paix jusqu’au jour où ils ont eu la mauvaise idée de faire légaliser leur union…