Quand il semble qu’il n’y ait plus de mots pour exprimer le combat de nos couples qui luttent pour être ensemble, la poésie aide à les trouver. Merci à Cristel qui nous a envoyé ces vers.

Le passeur.
Je l’ai toujours vu profiteur. Arnaqueur. Violeur.
Parfois tueur mais toujours voleur.
Faisant de la misère son gagne-pain.
Du dénuement son quotidien.
Menacer de sa machette.
Facile de la gachette.
Abuser de la jeune démunie
Pour la faire passer du côté de la maternité non choisie.
Et voilà que ce matin il l’appelle « mon guide ».
« il est très cool, mon guide ».
Par tête, il ne leur a pris que 3000.
Le prix de mon après-midi à la piscine.
Il est celui qui les fait traverser dans le noir.
Qui nourrit l’espoir.
Il est l’oreiller replet qui permet de plonger dans le rêve.
Le médaillon qui déverrouille la porte secrète des Cités d’Or.
Le Tom Cruise qui rend la mission impossible possible.
Il trouve 10 autos.
Il conduit les motos.
Il sait calmer la peur.
Il file à mille à l’heure
quand il sent le danger
il accélère pour traverser.
Il voit dans l’obscurité.
Il les fait se sentir en sécurité.
C’est lui qui conduit Mawda.
Qui a pris 3000 pour Mawda.
Qui a accéléré pour sauver Mawda.
Qui a vu mourir Mawda.
Négociateur et médiateur,
Parfois complice, sauveur.
Parfois milice ou tueur.
Le passeur vit de la misère,
plonge dans la misère et sauve de la misère.
Mais s’il est tout ça, c’est qu’il y a des frontières.

Ce texte m’a été inspiré par le trajet, illégal, qu’a du parcourir le père de ma fille pour aller déposer en toute légalité une demande de visa qui sera d’office acceptée (la Belgique a reconnu la paternité, elle ne pourra pas nous laisser séparer). Il y a une ambassade belge à 2h de route de chez lui, mais il lui est interdit d’y aller, il doit traverser 300km et 2 frontières pour se rendre dans l’ambassade compétente. Le ministère des Affaires Etrangères sait pertinemment que les frontières du Togo, du Benin et du Nigeria sont fermées, mais il a été impossible de trouver une alternative pour éviter ce trajet long (5 jours), dangereux et très couteux, car les frontières se traversent à coups de pots de vin. Au final, on dépensera 700 euros rien que pour les postes frontières sur le chemin.